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Happiness Palace – EXTRAIT newsletter mai 2017

Extrait brut de corrections 😉

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Picture – Emily Kinney

« Lorsque je rouvris les paupières, j’eus l’impression de sortir d’un sommeil de plusieurs mois. Mais les souvenirs des derniers jours refirent surface me rappelant par la même occasion qu’il n’en était rien. Je tentai de me relever mais mon poignet me fit hurler de douleur, un plâtre comme témoin des dégâts qui maculaient mon corps trop pâle. Je n’avais pas même pris la peine de me changer avant de me glisser sous l’édredon. De toute manière, je n’avais aucune affaire avec moi, et cela deviendrait vite problématique. Je tâtai sur ma droite et mes doigts rencontrèrent le chevet en bois, et bientôt, l’interrupteur que je recherchais ; lorsque la lumière fut enfin, je redécouvrais la jolie chambre que l’on m’avait généreusement réservée. Mes pieds rejoignirent le sol glacé, et je me relevais doucement, grimaçant sous les douleurs costales qui me lancinaient. Je n’avais pas la moindre idée de l’heure qu’il pouvait être, et je n’avais bien évidemment pas mon téléphone avec moi. Lorsque l’ambulance m’avait emmenée à l’hôpital, penser à mon sac à main ne figurait pas sur la liste des urgences. À pas de loups, j’approchai de l’entrée et ouvrit la porte. Je tendis l’oreille. Très vite, je perçus le son du téléviseur au rez-de-chaussée, et quelques rires s’inviter par-dessus. Un garçon discutait. Un autre. Quelques un de mes nouveaux colocataires étaient réunis dans le salon. Si la timidité l’emportait dans mon cœur, je n’avais cependant plus envie de dormir, et il faudrait que je me jette à l’eau un jour ou l’autre. Autant que ce soit le plus rapidement possible. Cela faciliterait mon intégration. Si Zach et Soko m’avaient conseillé d’appeler en cas de besoin, je n’en fis rien, et opta pour un élan de fierté, marche après marche. Avec difficulté, je descendis l’escalier à mon rythme, respirant à chaque fois, faisant face aux douleurs qui s’emparaient de mes côtes. Il fallait que je les affronte, même lorsque les bleus auraient disparu, leur souvenir ferait partie de moi à jamais, avec ce qu’ils avaient signifié un jour, comme un avertissement pour la suite. Lorsqu’enfin j’atteignis la dernière marche, je croisai le regard de Dennis, stupéfait de me voir parmi eux. Mais rapidement, un grand sourire se hissa sur son visage juvénile, et il se releva du canapé dans lequel il était avachi pour venir m’aider. Le grand blond me tendit un bras que j’attrapai volontiers, lui rendant son sourire, touchée par son geste. Il m’emmena jusqu’au sofa où il me céda la place située à ses côtés. Puis, comme si de rien était, il empoigna un bol rempli de pop-corn et me le tendit.

— On regarde un vieil épisode de Friends. Tu connais ?

J’acquiesçai, sidérée par tant de normalité. Retrouver une vie ordinaire n’était pas dans mes plans ce matin encore. J’avais tout simplement l’impression d’être encore plongée dans un de ses rêves desquels je ne voulais pas me réveiller, trop apeurée par la réalité. Je tournais la tête à droite et découvrais Soko et Nate, allongés les pieds sur la table, le regard dans le vague. La jolie brune me glissa un sourire, visiblement ravie de me voir les rejoindre. C’était trop beau pour être vrai, une maison où j’étais en sécurité, de nouveaux amis, tant de gentillesse, un épisode de Friends et du Pop-corn. Quelque chose devait clocher, c’était certain. C’était impossible autrement. La vie ne faisait pas de cadeaux si démesurés. Pas sans demander quelque chose de plus grand encore en retour. Je restai sur le qui-vive, tentant de masquer au mieux mes interrogations. Lorsque Dennis fut pris d’un fou rire face aux mimiques hilarantes du personnage de Joey Tribianni, je ne pus retenir longtemps mon amusement. Sa bonne humeur déferla sur le petit groupe, nous emportant tous malgré nous dans un état d’ivresse général. Je me tenais les côtes avec mon seul poignet valide, essayant malgré tout de ne pas pleurer de douleur en même temps. Je repris doucement mon souffle, consciente que cela n’arrangerait pas mon cas. La porte d’entrée claqua, et avant même que quiconque n’apparaisse, Soko hurla un « Salut, chef ! », les yeux toujours rivés sur l’écran.

— Chef ? l’interrogeais-je.

— Zach bosse parfois tard, m’expliqua-t-elle, tandis que le brun faisait son entrée dans le salon.

Les cernes qui marquaient ses yeux traduisait une fatigue excessive. Mais un sourire sincère se hissait haut entre ses pommettes carrées.

— Tout se passe bien ? Me demanda-t-il.

J’approuvais de la tête.

— Tout va bien.

Il prit place à mes côtés, et j’en profitai pour lui glisser une requête qui gagnait beaucoup de place dans mes pensées.

— En revanche, je n’ai aucune affaire… ni pour me changer, ni rien. Et je n’ai pas mes papiers avec moi, ni mon téléphone. Bref, je n’ai rien.

— Si, tu as du Popcorn ! me lança Dennis en me montrant le grand bol de verre posé sur la table basse.

Je me retins de rire, le remerciant du regard, puis reporta mon attention sur le propriétaire des lieux, alias mon sauveur.

— Soko, tu pourrais dépanner Amy le temps qu’on récupère ce qu’il faut ?

La petite brune approuva d’un hochement de tête assuré, puis reporta son attention sur les frasques de Phoebe et Rachel.

— Merci, glissai-je.

— Pour le reste, poursuivit Zach, on va faire une excursion salvatrice.

Je fronçai les sourcils, ne voyant pas où il voulait en venir. L’infirmier s’enquit de voler le bol de Pop-corn sous le regard accusateur de Dennis. Le grand brun éclata de rire face à la moue de son amie et croisa machinalement les pieds sur la table avant de s’affaler à son tour dans le sofa. Il avala une poignée de sucrerie avant de me préciser son idée.

— Quand pouvons-nous aller chez toi sans rencontrer de problème ?

Il avait posé cette question avec un détachement incroyable. N’éprouvait-il donc aucune crainte face à celui qui m’avait mise dans cet état ? Il devrait pourtant. Cliff pouvait devenir un véritable démon à ses heures sombre. S’il venait à rencontrer un homme ayant pris le parti de m’éloigner de lui, sans le moindre doute, il serait capable de le tuer.

— L’après-midi, la maison sera vide, murmurai-je.

— Parfait, je ne travaille que le soir demain. Dennis, tu viendras ?

— Bien sûr, répondit l’intéresser, nous jetant un bref regard.

— Nate ?

— Compte sur moi !

Le petit brun nous glissa un clin d’œil avant de reporter son attention sur le téléviseur.

— Parfait conclut Zach. Demain soir, tu auras tes affaires.

— Je viens aussi.

— Dans ton état ?

— Ce sera plus simple si je suis là.

— C’est toi qui voit. Mais ne force pas. Repose-toi un maximum, sinon tu ne feras que rallonger la guérison.

Je hochai la tête, obéissante.

Mes quatre nouveaux amis explosèrent de rire en chœur, tandis que Joey se retrouvait coincé la tête dans la dinde de Noël. Je me tins les côtes une fois encore, mais savourait cet instant de relâchement. Je redécouvrais la vie sans crainte constante, retrouvant la saveur des choses simples mais essentielles. Doucement, je me laissai moi aussi emportée par ce bien-être et cette nonchalance. Je m’autorisai un nouveau départ. Un renouveau. Le temps de cette première soirée, ailleurs.

Lorsque Dennis se releva d’un bond, je sursautai, effrayée par la vitesse de ce mouvement soudain. Je manquai même de crier, le cœur palpitant et le souffle emporté par la crainte. Lui ne s’en aperçut même pas, saluant l’assemblée d’un geste de la main qui me fit reculer une fois encore au fond du canapé. Il disparut de la pièce, avalant les marches en direction de sa chambre, et je réalisai à quel point ma réaction avait été exagérée et inutile. Mais je n’y pouvais rien. Je m’étais assoupie, sans même le réaliser. Et l’ombre brusque de son corps se relevant, le changement de forme des coussins sous mes fesses, et ce bras levé en un éclair, tout cela avait retentit dans mon esprit comme une menace. Je repris doucement mon souffle, rassurée de constater que personne n’avait repéré mon malaise, sans quoi j’aurais sans doute rougis de honte. Je devenais cinglée. La vie avait fait de moi une folle furieuse, qu’un simple coup de vent affolait.

— Tout va bien.

Je sursautai. Trois mots murmurés par mon voisin de droite, qui contre toute attente, avait assisté à ma démonstration de trouille exacerbée et infondée. Le cramoisi me monta aux joues, et je déglutis en acquiesçant ses dires, gênée d’être ainsi démasquée. Mais mon interlocuteur ne me jugeait pas. Son regard sombre plongeait vers moi avec une bienveillance rare. Il tentait de me rassurer. Cette seule démarche valait beaucoup à mes yeux. Comme tout ce qu’il était en train de faire pour m’aider. Pourquoi au juste ? Pourquoi venir ainsi en aide à de parfaits inconnus ? Si l’intention s’avérait louable, ce surplus de générosité ne me semblait pas réaliste. Que cachait-il derrière tout cet altruisme ? Le temps répondrait sans doute à mes questions, ou bien, le moment venu, je ferai en sorte d’obtenir les réponses par moi-même. »

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