Non classé

Extrait – Eden tome 2 – newsletter mai 2017

Extrait brut de corrections

Gif : Sophie Turner

« Une douleur lancinante parcourait toute la tête d’Eden lorsqu’elle refit surface. Elle sentait son visage gonflé par les hématomes. Chaque centimètre de sa peau brûlait, tirait. Elle ne put qu’entrouvrir ses paupières tant les coups avaient causé de dégâts. Mais elle était tout de même surprise de respirer. Elle pensait avoir vu sa dernière heure arrivée sous les heurts des rebelles. La pièce dans laquelle elle se trouvait ne payait pas de mine. Ils avaient eu la délicatesse de la déposer sur un matelas. Un vieux lit crasseux, certes, mais le confort y était déjà plus tolérable que sur le sol glacé. Il faisait presque noir, seul un flambeau venait éclairer le décor dans l’angle de la pièce, à une bonne trentaine de centimètres de son visage. De vieilles poutres avaient été clouées ensemble sur de grands poteaux en bois pour former un semblant de bâtisse, une construction de misère.

Un grincement. Une ombre. Un homme.

Sa chevelure avait été rasée sur les côtés, et sur le dessus de son crâne une épaisseur blonde cendrée et emmêlée s’apparentait à une coiffure tribale. Un visage relativement carré, deux yeux d’un bleu perçant venaient éclairer ce visage mal rasé et sale. Il devait frôler la quarantaine, et ses habits partiellement déchirés et terreux lui conféraient plus l’air d’un sans-abri que d’un combattant. Il la détaillait, posant sur elle un regard quasi scientifique.

— Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne t’ont pas râtée…

Ce timbre grave transperça le silence. Le ton qu’il employait s’harmonisait parfaitement avec le sourire en coin dessiné sur ses lèvres. Les bras croisés, il observait la rouquine tout en se tenant debout à quelques mètres d’elle. Eden déglutit. Sa salive sembla arracher sa trachée au passage.

— Qui… êtes-vous ?

Sa voix n’était qu’un murmure éraillé à peine audible. Sa question fit sourire le grand blond qui s’approcha un peu plus, contemplant l’étendue des dommages.

— J’oubliais de me présenter. Mon nom est Emeric. Et… ce sont mes hommes qui t’ont malmenée dehors.

Face à la mine perplexe de l’Irlandaise, il vint préciser ses propos.

— Je suis le chef du groupe rebelle.

Malgré la douleur, Eden ne pouvait se contenter d’écouter. Trop de questions se bousculaient dans sa petite tête endommagée.

— Non, le chef des rebelles, c’est Drago…

Ses paroles déclenchèrent un rire amusé chez son interlocuteur.

— Erreur. Thorgard dirige les rebelles de la partie habitée. Ici, tu es chez moi. Les premiers d’entre nous sont arrivés il y a plus de deux ans pour fuir le GUN.

— Les Fantômes… peina-t-elle à articuler.

— Oui, c’est ainsi qu’ils nous appellent.

Emeric soupira avant de reprendre le cheminement de son discours.

— Assez bavardé. Je suis venu pour t’expliquer la suite des évènements. Toi et tes petits camarades vous serez jugés. Il vous suffira de répondre à nos questions. Selon le verdict, dans le meilleur des cas, vous rejoindrez nos troupes, sous haute surveillance évidemment. La pire des options pour vous, serait la mise à mort. C’est un vote. La majorité l’emporte. Et, tu as déjà dû t’en rendre compte, l’opinion générale ne va pas dans ton sens.

Eden avala sa salive avec beaucoup de mal. Évidemment, ils voudraient tous la voir morte. Peut-être aurait-elle eu mieux fait d’y rester…

— Quand ?

— Parce que je ne suis pas un monstre, je vais te laisser un jour, le temps que tu puisses de nouveau marcher.

— Quelle bonté d’âme…

L’homme ne put retenir un rire amusé par sa remarque. Sans plus attendre, il tourna les talons et s’approcha de l’encadrement de la porte. Eden le regarda s’éloigner, avec une démarche assurée. Sa carrure n’avait rien à envier à celle des soldats surentrainés du GUN. Elle referma ses paupières, profitant du calme retrouvé pour apaiser les tensions qui meurtrissaient tout son visage. Le silence lui offrait un refuge, un répit.

— Quand j’ai découvert que tu étais là, j’ai voulu le vérifier de mes propres yeux…

Tout de noir vêtu, il s’apparentait à un songe qu’elle aurait eu à l’aube de sa propre mort. Il ne faisait qu’un avec les ténèbres ambiantes. En dépit de l’atroce douleur qui parcourait tout son corps, Eden tenta de se redresser dans ce qui lui servait de lit, grimaçant sous les picotements incessants dans ses membres. Ses prunelles parvinrent tant bien que mal à fixer celles du grand brun. Plusieurs mètres les séparaient mais la proximité devenait déjà trop pesante. Affronter ce visage revenait à voir en face le monstre que le GUN avait fait d’elle. Il la renvoyait sans la moindre compassion à ses actes de trahison, et aux morts causées par ceux-ci. Elle voulut prendre la parole d’un air détaché mais elle n’y parvint pas. La guerrière qu’elle fut autrefois avait laissé place à une jeune femme anéantie par ce qu’elle était devenue, honteuse et désespérée.

— Drago… je suis tellement désolée…

Sa bouche tentait de masquer les tremblements générés par l’émotion qu’elle retenait tant que possible. Mais rien ne pouvait contrer les larmes qui venaient humidifier ses prunelles, menaçant les dernières barrières de ses paupières.

Face à elle, Drago ne baissait pas le regard. Non. Il la défiait plus que jamais. La haine balayait ses prunelles.

— Tu n’as pas idée du dégoût que j’éprouve en te regardant…

Ce fut juste un murmure dans la pénombre. Mais toutes ses tripes prenaient place dans ce simple chuchotement. La hargne qui habitait ses propos vint retentir sur l’Irlandaise comme un assaut bien plus violent encore que ceux qui l’avaient mise dans cet état. Eden sentit son cœur s’emballer. Son souffle s’emporta lui aussi, cherchant une issue plus sereine, mais il n’y en avait pas. Elle devait faire face, pas d’autre choix.

— Si tu es venue pour me tuer, alors qu’on en finisse.

Sa mâchoire se serra sous la dureté des mots qu’elle employa.

Un bref silence s’installa entre les deux jeunes gens, puis Thorgard soupira.

— Je ne te ferai pas cet honneur.

Eden resta scotché. Elle savait depuis le début qu’il la haïrait. Mais le constat de cette animosité s’avérait plus violent encore haine

Thorgard reprit :

— Ce serait trop facile de te défiler. Des gens sont morts par ta faute. Tu devras vivre avec ça.

Eden baissa le regard. Elle ne pouvait plus l’affronter. Pas encore, pas comme ça.

Soudain, un autre type se fraya un chemin en frôlant Drago à l’entrée. Un petit blond vêtu d’un vieux jean tué, une chemise blanche froissée. Samuel. Se retrouver ainsi face à ceux qu’elle avait trahit revenait à assumer ses actes. Et c’était tellement plus dur qu’elle ne l’avait imaginé… Pourtant elle avait refait maintes fois les scènes dans sa tête. Jamais la douleur n’avait été aussi présente, si insupportable. Son cœur manquait de s’arrêter, chaque minute de plus passée à contempler la déception dans le regard des rebelles. Samuel ne dérogeait pas à la règle. Il se dirigea vers une petite armoire délabrée et ouvrit un tiroir grinçant. Il en sorti  deux boites en carton, un flacon, un bocal en verre. Lorsqu’il s’approcha d’Eden, il ne prononça pas le moindre mot. Puis, il s’assied à ses côtés sur le lit. Toujours muet, il se retourna vers son ami et lui demanda de partir d’un geste de la tête. Celui-ci finit par détacher ses prunelles de l’Irlandaise et quitta la pièce sans ne rien ajouter. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s