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Sons of Alba – Extrait 2

oliver stone

« La pluie battante de la veille avait creusé des cratères un peu partout sur le chemin principal du village de Dunvegan. Par souci de discrétion, Kai avait choisi de s’y rendre à pied, préférant ne pas alerter tout le voisinage de sa présence chez cette femme. Il l’avait déjà croisée, une ou deux fois, mais ne savait rien de plus à son sujet. À première vue, elle semblait ne pas avoir plus de quarante-cinq ans, les cheveux noirs grisonnants, les joues creusées par le temps, mais la silhouette bien ronde.

Lorsqu’il parvint enfin à l’entrée, le jeune homme toqua trois fois. Il attendit brièvement, mais personne ne vint. Après un second essai, toujours rien. Surpris il regarda autour de la maison, mais elle n’y était pas. Il tenta alors d’ouvrir la porte et appuya sur la poignée doucement. Celle-ci n’était pas fermée. Hésitant, il appela la propriétaire des lieux.

— Madame Mc Leod ? Êtes-vous là ?

Cette fois-ci, un bruit de pas se fit entendre. Bientôt il aperçut dans l’encadrement de la porte la femme qu’il cherchait. Sa mine agacée indiquait son humeur du jour. Son regard faisait clairement comprendre à son visiteur qu’il la dérangeait.

— Si la porte ne s’ouvre pas, c’est pour une raison ! cria-t-elle en approchant.

Elle détailla Kai de la tête aux pieds, puis releva finalement les yeux vers son visage. Un grognement à peine audible s’extirpe de ses lèvres serrées. Sans plus d’explication, elle tourna les talons et s’éloigna dans les ténèbres de sa demeure. Ne sachant comment réagir, le jeune Mc Leod se passa la main sur sa barbe mal entretenue et soupira. Mais la voix éraillée de la propriétaire parcourut la distance qui les séparait.

— Eh bien, qu’attends-tu, entre ! Je sais qui tu es. Je n’ai pas vraiment d’autre choix que de te laisser passer…

Elle le tutoyait donc, dorénavant. La réputation de Madame Ava Mc Leod la devançait. Kai savait en amont que l’accueil qu’elle lui réserverait ne serait pas des plus cordiaux. Tant pis. Le passage par sa demeure était nécessaire. Il devrait se montrer compréhensif et prendre sur lui de toute manière, cette femme venait de perdre sa fille unique aux dires de son père. Il franchit la porte doucement, et la repoussa, sans pour autant la fermer complètement.

La bâtisse ressemblait à la plupart des maisons des Highlands, construites de pierres sombres et dotées du minimum nécessaire pour le confort quotidien. Peu de fioritures, rien d’inutile. Kai avança d’un pas méfiant, gardant tout de même sa main proche de sa dague, par habitude. Au vu de l’humeur de cette femme, rien ne pouvait assurer qu’elle ne tenterait pas quelque chose de stupide. Il la cherchait du regard dans la pénombre ambiante et l’aperçut finalement, agenouillée et le dos recourbé au-dessus d’une grande vasque remplie d’eau. Ava lavait son linge. Ses gestes sûrs et adroits retraçaient des années d’expérience. Sans même relever le visage vers son visiteur, la femme marmonna quelques mots entre ses lèvres. Mal à l’aise, Kai ne laissait rien paraître néanmoins. Il voulait des réponses.

— Madame, je viens vous voir au sujet de votre fille. On m’a rapporté sa disparition…

Ava arrêta ses mouvements, se figeant comme une pierre. Un silence d’une lourdeur insupportable s’installa alors.

— Madame, reprit Kai, j’aimerais aider. Je veux lancer des recherches. Mais j’ai besoin d’avoir des informations la concernant pour y parvenir.

Finalement, la femme osa un geste, hochant la tête de gauche à droite. Puis, elle releva un regard embué vers lui. La carapace de fer avait donc une faille : sa fille.

— Cela fait plusieurs semaines. Je doute qu’il reste de l’espoir mon grand. Même pour un fils de Chef…

Sans aucun doute, elle l’avait reconnu. Qui ne connaissait pas les visages des enfants de Terrence Mc Leod ?

— Combien de semaines, Madame ?

— Plus de quatre.

— Pourriez-vous m’indiquer quand et comment vous vous êtes aperçue de sa disparition ?

— Vous perdez votre temps, votre père a déjà lancé ses meilleurs hommes à sa recherche, mais ils n’ont rien trouvé. À croire qu’elle a tout bêtement disparu. Un coup de l’each uisge peut-être. Ce ne serait pas sa première victime… Je lui ai toujours dit de s’en méfier, mais l’appel de cette créature est bien trop puissant pour une enfant naïve comme elle…

— Ava, je vous promets que si votre fille est en vie, je la retrouverai. Vous avez ma parole.

Soudain, le regard de son interlocutrice se teint d’une lueur nouvelle.

— Tu sais, n’est-ce pas ?

Sans un mot, Kai approuva de la tête. La grimace qui se dessina sur les lèvres abîmées d’Ava, ressemblait à s’y méprendre à de la nostalgie.

— Ah…

Ses prunelles se perdirent à l’horizon, dans un vide que son esprit semblait remplir de souvenirs.

— Si ce n’est pas l’each uisge, alors ce sont les Anglais ou bien des brigands. Cela fait des semaines comme je te l’ai dit. C’est impossible…

C’est alors qu’il perçut tout le poids de cette perte chez son interlocutrice, le dos toujours courbé, l’émotion la gagnait, la laissant tremblotante. Comment lui dire qu’il ne croyait pas aux fantômes ni aux créatures, à l’inverse des anciens, et que seules deux possibilités s’offraient à eux : la fuite volontaire, ou le kidnapping. Son raisonnement logique l’emmenait à deux issues envisageables : la mort, la vie. Dans les deux cas, il devait la chercher. Si le trépas s’était épris d’elle, il trouverait un corps, une tombe, ou bien le récit d’un témoin. Une preuve en soit. Cette mère ne pourrait faire le deuil de son enfant si elle restait figée dans l’ignorance.

— Mes frères et moi irons la chercher. Vous avez ma parole que nous ne reviendrons pas sans elle, qu’elle soit vivante ou non. Mais pour cela, nous devons avoir plus d’informations à son sujet.

De nouveau, Ava observa le jeune homme. Kai affichait une détermination sans faille. La promesse faite plus tôt à son père serait tenue coûte que coûte.

— Que voulez-vous savoir ?

— Tout ce que vous pourrez me dire qui m’aiderait à l’identifier. Ses habitudes aussi.

— Effie n’a que seize ans. C’est un joli brin de fille. Elle porte les cheveux longs et foncés, presque noirs.

À ces mots, son regard se perdit dans la tignasse agitée de Kai. Certes, ils avaient donc ce trait commun. Rien de très original sur ces terres. La plupart des hommes se laissaient pousser une crinière et une barbe, qu’ils arboraient avec une certaine fierté. La majeure partie des habitants des Highlands pouvaient se vanter d’être plus bruns que les corbeaux, même si certains se démarquaient aussi des couleurs plus cuivrées. Ava poursuivit.

— Elle porte une cicatrice sur l’avant-bras droit. Un coup de pied de son cheval lorsqu’elle était petite. Une fracture ouverte…

Cette unique pensée semblait la comblée de bonheur quelques secondes, en la replongeant dans une époque où tout allez bien. Kai se contenta d’acquiescer, silencieux.

— C’était une bonne gamine. Elle m’aidait beaucoup dans la maison. Elle avait pris l’habitude d’aller nourrir les poules le soir, avant de les enfermer pour la nuit.

Subitement, elle s’interrompit, peinant à articuler.

— Mais ce soir-là, elle n’est pas revenue.

Par réflexe, Kai posa une main réconfortante sur l’épaule de la pauvre femme.

— Y avait-il quelqu’un qui aurait pu lui en vouloir, ou bien vous en vouloir ?

Ava fit mine de chercher dans les bribes de ses souvenirs, mais en vain.

— Pas que je sache, non.

Kai et ses frères allaient donc devoir se contenter du peu d’informations dont ils disposaient. Une jolie lassie brune aux cheveux longs avec une cicatrice sur le poignet. La quête s’annonçait compliquée.

— Vous n’auriez pas plus de détail la concernant ? osa Kai.

Après quelques secondes de réflexion supplémentaire, Madame Mac Leod ajouta :

— Elle a de grands yeux bleus… tout comme vous, et comme votre père… »

 

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